Publi #4 - La perception des visages influence la programmation des mouvements des yeux

Kauffmann, L., Peyrin, C., Chauvin, A., Entzmann, L., Breuil, C., and Guyader, N.

En quoi consiste la recherche ?

kauffmannLes visages humains sont des stimuli très saillants pour notre système visuel et attirent presque immédiatement notre regard. Des travaux récents ont montré que lorsqu’on présente à des participants deux images côte à côte, l’une représentant un visage et l’autre un objet (par exemple, une voiture), ceux-ci sont capables de déclencher un mouvement oculaire vers le visage en seulement 100 ms, cette vitesse d’exécution des mouvements oculaires étant bien plus rapide que celle observée en direction d’un autre objet. Notre étude a donc eu pour but de mieux comprendre comment la perception des visages influence la programmation et l’exécution des mouvements oculaires.

Quelles sont les hypothèses de travail ?

Afin d’étudier la programmation d’un mouvement oculaire (ou saccade oculaire) vers un visage, nous nous sommes intéressés à leur amplitude, c’est-à-dire la distance entre le point de départ et d’arrivée d’une saccade. En effet, l’amplitude est un paramètre qui est programmé avant le déclanchement de la saccade et ne peut être modulée une fois qu’elle est déclenchée. Ainsi, une différence d’amplitude entre une saccade vers un visage et une saccade dirigée vers une autre catégorie d’objet suggère une différence au niveau de la programmation de la saccade.

Quelle méthode a été utilisée ?

Dans notre étude, deux images étaient présentées très rapidement de chaque côté d’un point de fixation central et à égale distance de celui-ci. L’une contenait un visage et l’autre un véhicule. Dans une moitié de l’expérience, les participants avaient pour tâche de fixer le point de fixation central, et à l’apparition des deux images, d’orienter le regard le plus rapidement possible vers l’image contenant le visage. Dans l’autre moitié, les participants devaient orienter le regarde le plus rapidement possible vers l’image contenant un véhicule. Pour chaque paire d’images, nous avons mesuré si la direction de la saccade était correcte, la latence de la saccade, ainsi que son amplitude.

Quels sont les résultats ?

kauffmannNous avons observé que les participant étaient plus rapides et faisaient moins d’erreur lorsqu’ils devaient orienter leur regard vers un visage qu’un véhicule. Mais un résultat qui nous intéresse tout particulièrement dans cette étude est que l’amplitude des saccades vers les véhicules était plus petite que l’amplitude des saccades vers les visages, et ce même lorsqu’on demandait explicitement aux participants d’amener leur regard sur un point précis au centre des images. Dans l’ensemble ces résultats suggèrent que les visages influencent la programmation des mouvements oculaires en attirant très rapidement le regard vers eux, et en interférant avec (voire en inhibant) la programmation de saccades dans la direction opposée, ce qui expliquerait l’amplitude plus petite des saccades vers les véhicules.



Et pour la suite ?

 

Ces résultats permettent de souligner l’importance de prendre en compte le contenu sémantique de l’information visuelle lorsqu’on étudie de la programmation des mouvements oculaires. En effet, la plupart des travaux dans ce domaine utilisent des stimuli non-significatifs tels que des points présentés à différentes positions dans l’espace. Nos résultats montrent pourtant que la programmation de mouvements oculaires vers une cible dépend non seulement de sa position, mais également de son contenu/de son attractivité. Il apparait donc important pour la suite de préciser comment cela se traduit au niveau cérébral, au niveau des structures impliquées dans la programmation des mouvements oculaires, via des études en neuro-imagerie.

 

 


Published on January 30, 2019